Pourquoi j’oserai Mélenchon l’explorateur

Un récent  « Petit précis de philosophie à l’usage des candidats » diffusé sur France Culture m’a rappelé que je devais vous parler de Mélenchon.

Quand on m’a demandé pour la première fois si je voterais un jour Mélenchon, j’ai répondu un lapidaire : « Non. Trop violent. » Jeune adulte, j’étais alors abstentionniste depuis quelques années et me désintéressais totalement de la politique après une adolescence pourtant très engagée. De Mélenchon, je ne connaissais que l’image que voulaient bien en donner une poignée d’inamovibles éditorialistes. Et puis, un peu par hasard, je suis tombé sur l’une de ses longues interviews. Je ne veux pas rentrer ici dans des détails d’ordre programmatique, mais je peux vous dire que j’ai commencé à creuser. Et que, petit à petit, à force de réflexion sur des sujets dont j’ignorais à peu près tout – l’écosocialisme et la 6è République notamment –, j’ai été convaincu.

Mélenchon et son équipe ont, me semble-t-il, dessiné un triptyque qui, à l’heure où les politiciens se mêlent surtout de tenues de bain et de oh-mon-dieu-la-dette-la-dette-!, sort assez lumineusement du lot. On pourrait baptiser ce triptyque « République sociale, écologique et citoyenne ». L’ordre des mots importe en fait peu, puisque nous n’avons pas affaire à un empilement de mesures, une énumération décroissante de priorités, mais à un projet global, un tout bien emboité. Par exemple, quand Mélenchon parle de la souffrance animale et de l’agriculture paysanne, cela concerne aussi le bien-vivre, la souveraineté du citoyen sur son assiette, la santé, la philosophie et l’économie. Notre avenir dépend de celui des vaches, des lapins, des poissons, des champs, de l’air, des océans. Quand Mélenchon parle de partage des richesses, ce n’est pas sous l’angle de la vengeance de classe, mais plutôt pour rappeler les pauvres – dont je suis – à leur citoyenneté, et les riches à leur humaine humilité. Je vais essayer de m’expliquer.

La scène se passe peu après ma découverte de Mélenchon. Un matin, une caissière du supermarché du coin, payée au SMIC, m’inflige une insupportable logorrhée à propos de chômeurs fainéants et autres assistés parasitaires. Elle ignore que je suis moi-même sans emploi. Je me demande alors, serrant les dents,  pourquoi cette dame payée au lance-pierres, au contrat probablement précaire, s’en prend aussi violemment à plus pauvres qu’elle. La réponse n’est pas bien loin : je la trouve chez le marchand de journaux du coin. Depuis des années, les politiques de droite comme de gôche (comprenez : le PS) s’escriment à dresser les pauvres les uns contre les autres, usant d’un « racisme » social aussi véhément que stupide. La solution à cette division passe aussi par une carte d’électeur. Pourquoi aller voter pour des gens qui nous divisent pour mieux régner ? Pourquoi regarder dans l’assiette du voisin quand, à quelques kilomètres de là, des millionnaires se prélassent au Palais ? J’ai beau être pauvre, je suis citoyen, ce qui signifie que je peux voir les choses en grand, moi aussi. Et pas pour souhaiter me prélasser dans un château, mais pour les changer, les choses.

Les « coups de colère » (selon la formule consacrée) de Mélenchon, on les connaît. Je les crois assez souvent salutaires. Je n’adhère certes pas à 100% de ce qu’il dit – comme tous les explorateurs, il tâtonne, s’égare parfois, revient sur ses pas –, mais à 98.73%. On admettra aussi qu’il faille un sacré culot et le sens de la répartie pour secouer les consciences – je me prends comme preuve, cela fonctionne. Les éditorialistes parlent moins souvent de ses déclarations d’amour.

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Dans les meetings de Mélenchon, on l’entend beaucoup, ce mot : « amour ». Et « fraternité ». Et « tendresse ». La tendresse, bordel ! Quel autre orateur ose s’aventurer sur ce terrain ? Oui, nous avons besoin de tendresse, de câlins, de caresses. La terre que nous travaillons en a besoin. La terre a besoin de temps, aussi, pour se revigorer et ainsi mieux produire. Les animaux ont besoin de tendresse et de temps, ce qui est incompatible avec l’élevage en batterie et les fermes des mille horreurs. J’ai besoin de temps pour savoir ce que je veux faire dans la vie, alors autant que cette vie dure le plus longtemps possible. Certains m’objecteront peut-être que je suis un idéaliste – ce qui me fera bien rire, car cela signifiera qu’ils ne connaissent pas la définition de ce mot. Sortir de la dictature de la vitesse et du Capital pour ré-apprendre le temps long de l’écologie, de la démocratie (la vraie démocratie, hein, pas celle qui s’exerce à coups de 49 alinéa 3…), de l’argumentation, du partage, des arts, est-ce si irréaliste que cela ? Est-il plus réaliste de demander aux jeunes, comme l’a fait Macron, de vouloir « devenir milliardaires » ?

Il paraît que plus de onze millions de Français ont déjà écrit un manuscrit. Il en faut, de la patience, de la passion et de la concentration pour rédiger un texte. Et si on s’intéressait à ces onze millions d’individus qui, apparemment, ont quelque chose à écrire ? Je doute qu’ils adoptent tous le style d’un [inscrire ici le nom d’un fabriquant de best-sellers qui pond le même bouquin tous les ans]. Accordons une plus grande place à l’art dans la vie des personnes et de la collectivité.

Le soir, les gens rentrent chez eux (quand ils ont un chez eux) accablés, exténués d’un travail qui ne les intéresse pas nécessairement – et où, en plus, on les harcèle jusqu’au burn-out –, avec des horaires souvent variables voire imprévisibles. À peine ont-ils le « loisir » de se préparer à manger et de s’occuper des enfants. 66% des Français déclarent que le stress et la fatigue nuisent à leur vie sexuelle. Comprenez que je ne souhaite pas continuer à vivre dans une société où les couples sont trop stressés pour faire l’amour, et que cela relève d’un ordre économique et d’un problème politique.

Non monsieur Macron, je ne veux pas devenir milliardaire. Je préfère l’amour. Je veux pouvoir travailler la terre pour nourrir ma famille… et pas seulement. Un potager, vous voyez. Tout le monde devrait pouvoir y avoir accès. Toutes les écoles devraient enseigner les savoirs et vertus du potager à leurs élèves. Biologie, physique, patience, coopération, joie et partage : tout y est ! Mélenchon propose de créer des milliers d’emplois à la campagne – les mers ne sont pas en reste –, de réhabiliter l’agriculture paysanne, de privilégier le bio et les circuits courts : ça me va ! Parfaitement ! M’sieur Mélenchon, si vous me lisez, je suis volontaire.

Sortir du nucléaire, cela va être un peu long. Raison de plus pour commencer tôt. Les catastrophes, elles, sont si vite arrivées… Les travaux d’une Assemblée Constituante peuvent durer quelques mois ou quelques années avant d’aboutir à une nouvelle Constitution. C’est toujours mieux que de contempler sans pouvoir agir l’agonie d’une Vème République sous respirateur artificiel. Et ainsi de suite. Dans ses discours, Mélenchon parle de « goût du futur ». Si nous le bâtissons tous ensemble, plutôt que de le laisser entre les mains invisibles du Marché, du CAC 40 et du MEDEF, le futur ne sera que plus savoureux. Quand Mélenchon parle d’espoir, ce n’est pas l’espoir de construire des murs ou de piétiner son prochain ; c’est l’espoir qui se tourne vers la terre, la mer, l’espace, pour faire mieux que réparer les pots cassés ou pis d’y entrer en conquérants décérébrés ; il s’agit de renouveler nos pratiques, d’enrichir nos sciences et technologies dans le respect du temps et des éléments, de dépolluer lorsque c’est possible, de cesser de polluer parce qu’il le faut. Je disais tout à l’heure qu’on peut qualifier Mélenchon d’explorateur. Admettez qu’on est loin du retour à la bougie, formule éculée s’il en est. Je préfère l’excitation et l’imagination à la désespérance et à la routine. Au remboursement d’une dette in-remboursable, aux querelles racistes, aux vaines problématiques d’appareils politiques. Il existe un avenir commun qu’il n’appartient qu’à nous d’explorer avant… qu’il cesse d’exister, anéanti par les bricolages politiciens et les intérêts financiers.

J’évoquerai une anecdote pour finir. Je me trouvais, le 28 août dernier, au Pique-Nique de la France Insoumise à Toulouse. Il ne s’agissait pas d’un meeting où l’on vient entendre la bonne parole, mais bien d’un pique-nique, convivial et à la bonne franquette, avec un discours au dessert. Là où les meetings formatés peuvent repousser les non-adhérents, j’y ai vu beaucoup de jeunes venir s’assoir dans l’herbe, par curiosité. Ce pique-nique n’était autre que la meilleure idée de la rentrée politique 2016. N’est-ce pas tout de même prometteur ?

Osons, tentons.

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33 réflexions sur “Pourquoi j’oserai Mélenchon l’explorateur

  1. très bon résumé sur J .L .M . que j approuve , personnellement , je suie allée a la place Stalingrad le 4 juin 2016 ,ou j ai apprécie le défilé et son discourt , pas pu venir a Toulouse , certes , il n est pas parfait , mai , j espere qu il y est un rassemblement le plus large possible avec lui et son équipe pour qu il soit au 2éme tour , seul , cela va être difficile , il est le seul pour représenter la vrais gauche , faire front commun ou l avenir en commun avec lui .

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  2. Bonjour j’ai décidé depuis un mois de me mettre sur facebook pour faire à ma manière la campagne de Mélenchon et mes interlocuteurs l’ont bien compris.
    Ce qui me gêne dans votre démarche c’est que l’on ne sait pas qui vous êtes
    Cette article n’est – il pas « téléphoné »
    Je trouve que vous avez une très belle plume et vous résumez très bien la situation et les ressentis, tout du moins les vôtres
    Il y a un défi historique en 2017 contre la droite le Fn le PS oui contre le PS ou plutôt les sociaux démocrates que jappelle les socio-traites
    Alors merci de vous identifier à moins que cette démarche vous pose problème pour votre vie de tous les jours
    ceci-dit j’adhère à 200% à vos arguments que vais partager sur « mon mur militant »
    marco bernalicis

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  3. Voilà qui défini bien (et joliment) notre candidat Jean Luc Mélenchon. Merci pour votre engagement et ce très beau commentaire que je m’empresse de partager sur mon journal. Nous allons reconquérir le temps long et instaurer « l’écohumanisme » (lire : Le choix de l’insoumission ).

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  4. on a dit tellement de bétises sur cet homme ce texte il faut l’imprimer et le glisser dans toutes les boites aux lettres : « l’écohumanisme Mélenchon , l’explorateur il fait tellement peur à la caste il risque effectivement de donner envie de changer la société car on a tous envie d’être heureux , bienveillants et solidaires

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  5. J’étais au déjeuner sur l ‘herbe à Toulouse , juste à coté d’un « journaliste » de BFM TV qui ne soulignait que les tâtonnements , c’est dire qu’il avait peu de choses à blatérer dans son micro . Bref moi ce jour là j’ai attrapé ♩ un coup de soleil ♩ un coup de je t’aime ♩, parce que le ciel était couvert je ne me suis pas méfiée …

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  6. Si je peux me permettre, les « colères » prétendues de Mélenchon se font toujours à la suite d’une bonne raison, comme le simple fait que la majorité de ses interlocuteurs le coupe pour dire des absurdités, ou chercher les noises. Il suffit de collecter les questions des journalistes, les garder au chaud dans un coin puis s’imaginer qu’ils puissent les poser à un autre politique. Faites le test, vous verrez par vous même le niveau !

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  7. Adhérer au projet fabuleux des insoumis n’est pas trahir son parti mais de s’unir pour gagner (pour la première fois ) , cette réelle démocratie sans laquelle nous ne pourrons rien changer .

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  8. Si il y a beaucoup de « désinformation » à son sujet, c’est peut-être que le mouvement qu’il tente d’accompagner est le seul qui s’oppose réellement au système en place… Et qui, par conséquent, lui fait peur.

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  9. Bonjour,
    Tellement juste sur le fond et le ton, avec à la fois la proximité de la pensée, l’humaine bienveillance qui sied sans renoncer à la lucide analyse et à la distance de la réflexion..
    Bravo. on a vraiment envie de partager votre texte :

    Me donneriez vous l’autorisation de reproduire votre billet, avec un lien bien sûr vers vous, sur mon blog de Médiapart ? (https://blogs.mediapart.fr/mgarand/blog)
    Merci d’avance de votre réponse ici ou à yamar38@orange.fr

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  10. Je mettrai un bémol, à grenoble ville dirigé par une majorité verte/front de gauche, la casse sociale n’a jamais été aussi violente, fermeture de 2 bibliothèques dans des quartiers populaires, d’un espace de vie, aucun dialogue avec les employés. Le maire dit que la ville est endetté et que le salut passe par là, il assume la casse sociale et la detresse des employé, pas de pitié, il n’évoque pas les millions donnés par la mairie à la communauté d’agglo qui redistribue tout ça aux grandes entreprises…. Du coup quand je vois ça je suis sceptique quand aux engagements de ces personnes.

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  11. Je me reconnais dans votre texte… un point également que je soulève dans vos propos « Certains m’objecteront peut-être que je suis un idéaliste » -> c’est l’image que ceux qui ne veulent pas ouvrir les yeux ont de nous et j’espère qu’un jour ils seront capables de comprendre quelles sont les réelles priorités actuelles… l »écologie, une réelle éthique, le partage des richesses, le temps de travail et avant tout l’humanité (et beaucoup d’autres points), seul Mélenchon aborde ces thèmes avec ses tripes. Il connait notre réalité… bien loin de celle que nous présente nos politiques… si on veut vraiment que ca change c’est le moment !

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  12. Je viens de tomber, au hasard de mes butinages à la recherche de traces de nectar osant contester l’idéologie (capitaliste) dominante, sur votre article concernant Mélenchon. Je serai sans doute moins enthousiaste que vous mais je reconnais que, dans le cas d’une présidentielle à la française, il est incontestablement le seul candidat permettant de pouvoir relancer et développer un courant populaire aspirant à des transformations profondes de nos sociétés. Son programme –sans comparaison aucune avec aucun autre– est particulièrement ambitieux, novateur et global. Je vois mal toutefois comment un tel programme pourrait s’amorcer sans une sortie claire et nette de l’UE et de l’euro. Il évoque, pour l’heure, « l’indépendantisme » de la France et la « rediscussion des traités ». Pourquoi ne pas affirmer avec force l’indépendance nationale (pour toute nation) et la souveraineté populaire? Deux données absolument insuffisantes pour garantir une transformation mais absolument nécessaires. Mais, vieux-con matérialiste invétéré, je ne peux oublier que Mélenchon a participé activement à la construction de Cette Europe…et peut-être a-t-il encore du mal à se défaire de cette idée et de ses positions passées. Quand il appelait à voter oui à Maastricht, je votais non. Mais bien qu’étant « anticapitaliste primaire », je m’efforce de ne pas trop l’être intellectuellement et je reconnais à Mélenchon l’honnêteté de l’avoir avoué et de convenir que c’était une (grave) erreur. Donc oui, il n’y a pas mieux, et de loin, que Mélenchon sur le marché de la présidentielle mais il serait particulièrement profitable que le mouvement derrière lui le pousse à aller plus avant en certains domaines. Vous pouvez, éventuellement, aller faire un tour sur le blog « Immondialisation: peuples en solde! » où les textes (bien âgés pourtant) que je présente vous en diront plus sur les réflexions avec lesquelles s’articule ma façon de penser.

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  13. Pour moi aussi : JL Mélenchon et le rassemblement des insoumis , est le moins éloigné de ce que je pense de la politique : J’espère qu’avec lui « on » en finira des majorations de salaires calculées en % et de voir un élu PS , fêter le centième anniversaire à Lyon , d’un groupe HLM alors que nous savons qu’ils sont amortis au bout d’une quinzaine d’années : Il nous dira = que devient le fric des loyers , après amortissements .

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  14. Moi qui n’est pas le tallent de l’écriture, je fais mien ce texte aux relents d’éloges bien méritées ! Oui, Jean Luc Mélenchon est un fédérateur, porteur d’un projet de société qui c’est construit à force de travail avec toute l’équipe des insoumis. Bravo et mile merci à eux et aux personnes qui écrivent de belles choses. Salutations fraternelles à toutes et à tous.

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