#JLM2017 : Pour des jardins d’insoumission

Avec février vient la saison des semis qui, si vous avez la chance de bénéficier d’un jardin ou d’un bout de balcon ensoleillé, donneront dans quelques mois de superbes pieds de tomates rougeoyantes – ou verdoyantes, ou mauves, ou feu ou irisées… car il existe moult variétés délicieuses qu’on ne trouve pas dans les rayons déprimants des supermarchés. Une graine minuscule, en apparence ridicule, sèche et infructueuse, se verra métamorphosée en plante foisonnante d’un mètre cinquante de hauteur. « Il faut cultiver notre jardin », écrivait Voltaire. Le « Jardin », c’est aussi le nom de l’école philosophique fondée par Epicure* à Athènes en l’an -306 de notre calendrier.

Une idée, c’est une graine. La conscience sera fleur. Même la Genèse parle de la connaissance comme d’un fruit (maléfique, certes.) De l’apparemment vain naissent les lendemains. Mentionnons encore Zola, Marx, Steinbeck ou même François Delapierre : l’invisible devient force matérielle.

"PlaniPhiCation écologique", 1
« PlaniPhiCation écologique », 1

D’idées, on n’entend plus guère parler dans le paysage politique, notamment à « gauche » depuis que certains ont décidé qu’il fallait absolument un retrait de l’Insoumis Mélenchon en faveur du PS Hamon. Médias, commentateurs verbeux, apparatchiks psychorigides ne jurent plus que par erratiques calculs, obscurs conciliabules et absconses additions. Leur jardin est bétonné, bordé de cyprès mornes (j’y suis allergique) et de sinistres bannières appelant au « Votutile » comme tous les 5 ans depuis 2002.

Vous vous en souvenez, de 2012 ? Les petits soldats du PS agitaient les spectres Le Pen et Sarkozy, ils tonnaient avec de grands airs que Mélenchon risquait de faire perdre Hollande. Finalement, Mélenchon n’a pas fait perdre Hollande, et on a tous vu, hélas !, ce que ça a donné… TSCG, CICE, Lois Macron, Loi Travail, brutalités policières, 49.3 en veux-tu en voilà, je ne vais pas refaire l’inventaire. Nous avions pourtant eu droit au discours du Bourget (« mon ennemi c’est le monde de la Finance t’sais »), dont cette année le candidat PS nous sort, surprise !, un remix.

En 2017 comme en 2012, ne discutons surtout pas d’idées mais de calculettes et de combines. Ah mais stop ! Quand je me ramassais de mauvaises notes au bahut, ce n’était pas à cause de mes potes qui en avaient de meilleures ou d’encore plus mauvaises que moi. Ce que ces gens (commentateurs et apparatchiks) ne comprennent pas, c’est que dans une démocratie, LE PEUPLE JUGE. Au peuple de trancher ! Telle est l’essence de la démocratie, raison pour laquelle nous proposons une 6è République qui serait le fruit d’une Assemblée Constituante. Non une 6è République décrétée par le Prince avec une vague consultation référendaire rédigée par ses conseillers, au contraire : une nouvelle forme de souveraineté populaire écrite par le peuple lui-même avec une part de tiré-e-s au sort. Cette nouvelle République exigerait bien des débats, elle serait perfectible, mais nous n’avons pas peur des idées, nous !

La Vè République rend invisible le peuple, qui n’exerce véritablement le pouvoir que pour élire ses représentants de temps en temps (pouvoir fortement relativisé par la sondocratie**). Hamon veut rétablir le septennat, c’est-à-dire régner pendant 7 ans, ce qui signifie que le peuple attendra encore plus pour pouvoir exercer sa souveraineté. Mélenchon, lui, affirme qu’il quittera ses fonctions dès les travaux de l’Assemblée Constituante terminés, ce qui peut prendre seulement 2 ou 3 ans. En attendant, son gouvernement appliquera un programme qui ne manque pas de graines désireuses de germer.

L’Avenir En Commun exige le Droit de vote à 16 ans (ben oui, pourquoi aurait-on le droit de bosser à seize balais mais pas celui de voter ?), la prise en compte du vote blanc (ben oui, pourquoi aurait-on le droit de voter mais pas celui d’exprimer EFFICACEMENT qu’aucun-e candidat-e ne nous convient ?), la révocabilité des élu-e-s (ben oui, pourquoi aurait-on le droit d’élire quelqu’un mais pas de le virer s’il fait n’importe quoi – et s’en fout plein les poches au passage – ?), la suppression du Sénat. C’est effectivement la démocratie qu’il s’agit de faire vivre, pas les baronnies, les édiles et leurs portefeuilles dans tous les sens du terme.

L’inscription de la Règle Verte dans la Constitution fera de notre pays une République écologique aux avant-gardes de la lutte conte le changement climatique, la privatisation des ressources et la souffrance animale. En effet, la règle selon laquelle « On ne prend pas plus à la nature que ce qu’elle peut reconstituer » s’impose depuis qu’on sait que nous épuisons les ressources de la Terre de plus en plus tôt. Les chiffres existent, mais ceux-là n’affolent guère les bavards des médias et les apparatchiks du PS. De même, qui s’inquiète de la nécessaire limitation des protéines carnées dans l’alimentation ? Les seuls chiffres qui les intéressent sont ceux des comptes en banque, à l’instar de Macron qui veut fabriquer des jeunes qui aient envie de « devenir milliardaires ».

À quoi bon devenir milliardaire si c’est pour, sitôt le premier milliard gagné, se désoler de n’en pas gagner un second, puis un troisième… le tout au milieu d’une marée montante de misère ? Pourquoi cette frénésie d’accumulation dans un monde aux ressources limitées ? La limitation implique le partage, ce que n’ont pas compris les milliardaires. L’accumulation de milliards se fait toujours au détriment de la paix et de la Terre, dont le milliardaire oublie que, jusqu’à présent, nous n’en connaissons qu’une. Le pouvoir économique ne suffisait plus aux grandes puissances financières, elles veulent maintenant tout le pouvoir politique avec le banquier Macron ! Le PS, quant à lui, nous tend un énième pansement à poser sur une plaie trop profonde. Or, nous avons l’occasion, plutôt que de changer de pansement, de penser le changement.

La démocratie peut faire germer de grandes idées. Nous pouvons utiliser, avec un bulletin de vote clair, non dicté par la sondocratie et les calculs de boutiquiers, le peu de pouvoir que nous confère la Vè République agonisante pour passer à une 6è République synonyme de vitalité. On ne parle pas de baguettes magiques, ni de guerilla urbaine, mais bien de bulletins de vote. Le « votutile », ya basta ! Que les urnes soient un terreau et plantons-y des graines.

Que les idées deviennent des forces matérielles. Rendez-vous en avril.

"PlaniPhiCation écologique", 2
« PlaniPhiCation écologique », 2

« Maintenant, en plein ciel, le soleil d’avril rayonnait dans sa gloire, échauffant la terre qui enfantait. Du flanc nourricier jaillissait la vie, les bourgeons crevaient en feuilles vertes, les champs tressaillaient de la poussée des herbes. De toutes parts, des graines se gonflaient, s’allongeaient, gerçaient la plaine, travaillées d’un besoin de chaleur et de lumière. Un débordement de sève coulait avec des voix chuchotantes, le bruit des germes s’épandait en un grand baiser. Encore, encore, de plus en plus distinctement, comme s’ils se fussent rapprochés du sol, les camarades tapaient. Aux rayons enflammés de l’astre, par cette matinée de jeunesse, c’était de cette rumeur que la campagne était grosse. Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait faire bientôt éclater la terre. »          Émile Zola, Germinal.


*Puisque j’évoque Epicure, je renvoie à la très bonne et accessible introduction au matérialisme philosophique par B. Schneckenburger : Intelligence du matérialisme, Les Éditions de l’Épervier, 2013.

**L’Avenir En Commun suggère d’interdire les sondages dans les jours qui précèdent un scrutin, afin d’éviter toute injonction médiatique.

– Pour aller plus loin : Pourquoi j’oserai Mélenchon

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