Le moment du peuple

« Pour la première fois dans notre vie, nous serons libres de penser à ce que nous ferons. »

Herbert Marcuse, Vers la libération

Toulouse, 16/04/17

Toulouse, le dix-sept avril. Sur la terrasse blanchie par un soleil franc, les frémissements des feuilles répondent aux clameurs pas encore retombées de la Prairie des Filtres. Les cosses des fèves prêtes à éclater bruissent dans la douce brise ; il est temps que les graines patiemment entretenues rompent les amarres sous le ciel bleu et rose.

J’avoue que, déjà, l’émotion des dernières heures de la campagne m’étreint. Là, dans la gorge ; là, dans le poing. L’aventure – disons plutôt : l’exploration –, commencée voici un an et deux mois, ne saurait toucher à sa fin ;  ainsi la glycine escaladant le cyprès fleurit-elle étage par étage en un charmant dégradé de mauve, poussant toujours plus haut, fière, assurée, l’ascension vers l’azur.

Qu’aurons-nous cultivé cette année sinon des grappes d’espoir que ne saurait salir la bile des commentateurs fielleux ? Qu’on me permette de la humer, de la saisir, de m’en coller plein les pores et les narines, plein les paumes et le cervelet de cette espérance portée par on ne sait encore combien de millions de voix ; qu’elle éclate au grand jour – je le souhaite, je le veux ! – au soir de l’imprévisible premier tour. Pardonnez mon emphase – pour exprimer son désir, on cueille des mots (ce ne sont pas forcément les plus justes dans l’absolu, mais ce sont toujours les plus beaux pour soi).

Posons-nous un instant. De Hollande à Macron, de Fillon à Le Pen, les sbires du Capital peuvent bien agiter leurs fumées, nous avons aperçu un bout palpitant d’horizon. Quoique complet, ce coin de firmament est en partie nu : L’Avenir en Commun, le programme de la France Insoumise et de son candidat Mélenchon, a ceci de pur qu’il laisse une page vierge, celle de la 6è République et de la Constituante. Les contributions que l’on nous propose, comme le référendum révocatoire, le droit de vote à 16 ans, la reconnaissance du vote blanc, le droit de préemption des salariés sur les entreprises, sont là pour stimuler nos consciences quand les obsédés de la Dette n’aspirent qu’à les entraver.

J’ai pu le vérifier dans mon groupe d’appui, je le constate aujourd’hui encore autour de moi : nul, même parmi ses plus fervents défenseurs, n’est d’accord à 100% avec ce programme. Ici, un adjectif dérange ; là, c’est toute une phrase qui gêne ; qu’importe, puisqu’en s’ouvrant à la Constituante, le projet « de Mélenchon » repousse ses propres limites ! L’Avenir en Commun est constamment perfectible, puisqu’il mise sur l’ébranlement citoyen. Le programme applicable en parallèle de cette Constituante nécessitera lui-même d’être porté par la force du peuple – sa force de mobilisation et de conviction – afin qu’il soit mis en œuvre malgré les assauts de la Finance et de ses bouffons médiatiques. Rien ne se fera sans nous, sans le nombre et les pavés, la masse et les mains fermes. Coucou, revoilà le peuple !

Le journal Libération a récemment titré : « Le moment Mélenchon. » Mais non ! C’est le moment du peuple ! Pour l’anecdote, quel autre candidat fait taire ses partisans lorsqu’ils crient « Untel président » ? L’heure n’est plus aux roitelets dociles face aux forces de l’argent, des lobbies, de l’austérité, de la guerre ; l’heure est à la présidence générale malgré les litres de boue chaque jour déversés sur l’aurore ; oui, si Mélenchon franchit la barre du premier tour, levons-nous dès le lendemain et présidons ! Présidons dans les manifestations, présidons dans les assemblées, présidons dans les ateliers législatifs, présidons dans les rues, les entreprises, les places, les prés, nous languissions, nous fructifierons. C’est à nous qu’il reviendra de forger de nouveaux droits et de saisir à bras le corps un futur autre que celui que nous promettent les banquiers. Hamon fait miroiter un « futur désirable », nous élaborons un avenir constructible. Nous ne rembourserons pas une Dette en grande partie in-remboursable et inique ; nous ne travaillerons plus pour gaver des actionnaires que nous ne connaissons pas ; nous ouvrirons les clapiers des lapins et les batteries des poules, nous entrerons en mer pour l’aimer,  dans l’avenir pour le bâtir plutôt que pour nous y assujettir, en nous-mêmes pour penser plutôt que pour désespérer, dans l’espace pour le découvrir au lieu de le conquérir…

 « Je ne vous demande pas de m’épouser ! » a lancé Mélenchon à juste titre. Nous ne donnerons plus le moindre blanc-seing au moindre monarque. Hollande prétend que notre gauche n’est pas apte à gouverner ; qu’a fait la sienne – qui porte faussement cet intitulé –, à part, précisément, ne pas gouverner ? Monsieur Hollande a pris nos voix, les a mangé ou s’en ait fait une jolie sculpture en papier mâché, pour mieux laisser des comptables apprentis-dictateurs diriger le pays. Hollande s’est joyeusement couché devant l’autel de la Finance. Est-il absurde de dire que cela suffit ? Changeons de système pour que cela n’arrive plus. On sait trop, depuis les 49.3 de l’équipe Valls, Macron, El Khomri, les brutalités politiques, sociales, policières de ces usurpateurs tyranniques, quel usage ferait une Le Pen ou un Fillon des pleins pouvoirs conférés par la Vè République. N’acceptons plus cette contrefaçon de démocratie.

Finalement, qui s’inquiète de « la percée de Mélenchon » sinon le PS, l’ex-UMP, le FN, les fascisants, les banquiers, la FNSEA, le MEDEF, les sorciers du nucléaire, les aficionados de la 3è Guerre, les privilégiés fiscaux, les barrons costumés, les éditorialistes nerveux et les nervis rentiers ? Qui a peur de la démocratie, hormis les valets de la monarchie ?

Soyons le cadre ; soyons l’œuvre. La matière d’où éclosent les rêves. L’utopie – fort mortifère ma foi ! –, ce serait de continuer comme avant.

Soyons peuple.

Soyons peuple !

Prairie des Filtres le 16/04/17
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