Rogue One, un nouvel espoir

[Attention, SPOILERS partout !]

Je suis allé voir Rogue One sans rien en attendre de particulier (allez, j’avoue que j’avais TRÈS envie de voir Vador dérouiller du rebelle en panique, c’est mon côté geek). Très franchement, assister au vol des plans de l’Étoile Noire, sur le papier, ça donnait un petit côté Épisode 3,5 pas super emballant. Si on va au bout de la logique, Disney peut tout à fait nous pondre un Épisode 5,5 avec le vol des plans de l’Étoile de la Mort par les espions bothans, ou même un spin-off sur la carrière de danseuse exotique de Leïa Organa dans le palais de Jabba…

Et puis j’ai pris une belle claque. Rogue One n’est pas un super film cinématographiquement parlant : confus dans la présentation de ses enjeux, bourré de dialogues entendus mille fois et de personnages secondaires auxquels on ne peut s’attacher (la remarque vaut aussi pour les personnages principaux, ce qui est un comble), parfois de mauvais goût visuellement (on passe tout soudain de décors ternes et oppressants à une planète-plage aux eaux et palmiers fluorescents, on subit des destructions interminables, grandiloquentes et répétitives…). Mais c’est un excellent film Star Wars. Un des meilleurs.

Leia Vador Tarkin
Tarkin, Leïa, Vador, 1977

Soit l’inverse du Réveil de la Force sorti l’an dernier, qui n’est pas un excellent Star Wars  – puisque reposant entièrement sur une fibre nostalgique sans parvenir à nouer d’intrigue palpitante –, mais un film plus, plus qu’honorable esthétiquement (si l’on excepte Snoke et les rathars) et surtout émotionnellement. C’est notable si l’on considère que hormis L’empire contre-attaque –  que je pourrais compter parmi les chefs d’œuvre du 7ème art –, les Star Wars sont rarement de « grands » films.

Ici, donc, peu d’émotion, pas de poésie, rien de transcendant. Il s’agit d’un film de guerre qui s’assume comme tel, rude et froid, avec ses véhicules blindés, ses bombes, ses dizaines de morts anonymes, ses snipers, son action pas très lisible dans la poussière des zones de conflit. Toute la scène au sol sur Scarif (la planète fluo citée ci-dessus) consiste en une sorte de remake du débarquement d’Il faut sauver le soldat Ryan ; dommage que cela se déroule dans un monde par trop chatoyant. Et comme on se trouve précipité au cœur d’une guerre à l’échelle galactique, il est difficile de se passionner pour des sous-intrigues posées là comme un cheveu sur la soupe. À quoi sert par exemple le personnage de Saw Guerrera, si ce n’est à rouler des mécaniques dans une armure cheap à laquelle on ne croit pas une seconde ? En plus, quand ils te parlent de Saw Guerrera au début, t’imagines un clin d’œil à Che Guevara, rébellion oblige, bonjour le soufflé scénaristique qui retombe…

Nous avons également droit à un interrogatoire mettant en scène un mollusque visqueux utilisé comme sérum de vérité, assez moche et sans intérêt. Star Wars a souvent eu ce que j’appelle ses « placements de monstres » : le ver géant dans l’astéroïde de L’empire contre attaque, le rankor du Retour du Jedi pour ne citer qu’eux, qui, à défaut de servir l’intrigue, apportaient une vraie valeur ajoutée en matière d’esthétique et de suspense. Là, ça sert à rien – comme les rathars du Réveil, quoi. D’autant que la prolifération de personnages ne permet pas de s’inquiéter du sort du malheureux.

En fait, Rogue One se déroule en trois actes, dont le premier laisse indifférent, le second interpelle et le dernier… réjouit. Et fera littéralement jouir le fan. Vador, utilisé parcimonieusement, réalise nos fantasmes les plus fous. Le plus illustre méchant de l’histoire du cinéma recouvre ici toute sa superbe sérieusement entamée par une prélogie vomitive, transpirant la classe et semant la terreur, aussi crédible et diabolique – si ce n’est davantage – que dans le légendaire Épisode 5. Rogue One se paie le luxe d’innover dans l’univers Star Wars (suppression du générique déroulant, Jedis relégués en arrière-plan…) tout en opérant une articulation absolument parfaite. Ainsi d’une bataille spatiale inédite sans en faire non plus trop. En plus, les CGI ressemblent à des maquettes, notamment les destroyers de l’Empire qui ont un rendu aussi palpable qu’au siècle dernier !

Puis, durant les quinze dernières minutes, nous suivons ébahis une action qui, savamment, harmonieusement, génialement vient se greffer au début de l’Épisode 4, sans la moindre once de rejet. C’est superbement et intelligemment emmené, pensé, calculé. Rien à voir avec la fin de l’horrible Épisode 3 qui tentait maladroitement, en cinq minutes, de recoller les morceaux d’un jouet que toute la prélogie venait de casser.

Ainsi, quand Leïa apparaît, on a juste envie de la prendre dans nos bras en soupirant « Ah putain, merci d’être là… »

Parce que oui, il y a Leïa. Et Tarkin. Le Grand Moff Tarkin revenu d’entre les morts, et pas comme simple caméo ! Star Wars renoue avec ce qu’il était voici quarante ans, c’est-à-dire l’avant-garde en matière d’effets spéciaux qui fait qu’on ne distingue plus le vrai du faux. Et nous convie au passage à un débat philosophique qui doit absolument avoir lieu : peut-on utiliser la technique pour ressusciter des acteurs morts ? Accepterait-on un spin-off sur Han Solo avec une réplique virtuelle, mais plus vraie que nature, de Harrison Ford jeune ? Reverra-t-on, dans cinquante ans, longtemps après la mort de Carrie Fisher, une pimpante et ultra-réaliste Leïa en bikini doré ? J’ignorais que le procédé existait, je le découvre avec Rogue One sous un jour positif. Star Wars contribue là, pour la première fois depuis longtemps, à un nouveau chapitre dans l’histoire des effets spéciaux.

Enfin, l’ambiance crépusculaire de Rogue One, si symptomatique de notre époque, apporte une nuance supplémentaire et bienvenue à la saga. Ici, les droïdes ont l’humour (trop) désabusé, les héros meurent à la pelle, les « gentils » se tuent entre eux… Une nouvelle face de l’Alliance rebelle est abordée, avec ses blocages politiques, ses dissidences et ses missions scabreuses. Une touche de realpolitik infiniment plus subtile que tous les débats sénatoriaux insipides de la prélogie.

Avec son caractère tout à la fois atypique et ultra-cohérent, Rogue One place la barre assez haut et limite dangereusement la marge d’erreur de l’Épisode 8. Luke et Rey ont intérêt de sortir le grand jeu. En quelque sorte, Rogue One nous condamne à l’espoir (ceux qui l’ont vu comprendront).

Je suis resté jusqu’à la dernière note du générique final avec un sourire vissé aux lèvres, ce qui ne m’était pas arrivé devant un Star Wars au cinéma depuis la ressortie de l’Épisode 5 en 1997.

princess-leia-1

(Je ne pourrais conclure cette modeste critique sans adresser une pensée non-moins modeste à Carrie Fisher.  Courage, Princess’.)

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