JC : Halloween 1978

«Oh mon dieu, je suis coincée à la fenêtre de la buanderie et on voit ma culotte !»

Des fois, j’explique que Halloween est un chef d’œuvre de l’histoire du cinéma, et on ne me croit pas.

On a bien vu le même film ? Entendu la même musique ? Vu le même écran qui rétrécit au fur et à mesure de l’action avec ce PAM – PAMPAM – PAM – PAMPAM qui non content de vous glacer le sang vous dynamite tranquillement les sens façon Jaws en huis-clos ?

myers1

Peut être qu’on a tout dit, à propos de Halloween. Qu’on en a tellement dit que c’en est devenu écœurant. Peut être que, comme devant tout chef d’œuvre, il faut arrêter de la ramener, juste, tu regardes et tu te tais, si ça te plaît pas c’est que tu passes à côté.

Halloween m’a formé au cinéma. Eh oui. Il y en a , c’est Autant en Emporte le Vent, moi c’est un film de série B des années 70. Avec plein de faux raccords et de scènes longuettes qui flirtent avec le chiant. Mais enfin, ces scènes mettent en place des codes, et puis à côté on a des plans (vlam, Michael Myers empale un mec contre un mur dans le vestibule de sa maison, lumière bleue, tout se fige, le visage blanc comme la lune contemple son œuvre et semble sourire, leeeentement, murs noirs serrés autour de lui) dignes de tableaux de maîtres qui jouent avec les ombres et tout.

Il y a aussi une pseudo morale tellement ambiguë que plus on y réfléchit plus on se marre.

Halloween, c’est mon premier film de Carpenter, à l’époque où l’on commençait à projeter des bandes-annonces du Village des Damnés au cinoche du coin (1995 ?)

Halloween passait un soir tard sur M6, en VF (les Jeudis de l’angoisse). Je l’ai revu une trentaine de fois depuis, acheté la VHS, le DVD, le poster…

Quand, à treize ans, j’ai entamé un cahier dans lequel je consignais mes « critiques » de films, Halloween fut la première page. La musique – cette musique ! (J’ai acheté le CD Varese Saraband au Virgin de Marseille ado.) Une photographie et des plans impeccables, à la fois mûrs et instinctifs, indépassables et coulant de source. Fixes, bleuâtres, nauséeux, malsains. Certaines scènes prises séparément ont, je l’ai dit, pas mal vieilli, mais l’ensemble est à l’image de son personnage principal : increvable, intemporel.

Michael Myers, dès lors qu’il est muni de son fétiche – le masque de l’épure – transcende sa sauvagerie. Il touche à l’épique, à l’héroïque, au divin. Le Beau est glacial et bizarre, Baudelaire ne me contredira pas.

Michael Myers est vierge comme Laurie. Esseulé comme elle. Pur comme Laurie. Et mille fois plus charismatique qu’elle, que n’importe qui.

Et si le psychopathe monolithique était en réalité une version adulte et radicale du Justicier masqué des bandes dessinées ? Un Batman métaphysique ? Sentinelle hiératique, alter ego démoniaque du bon mais fébrile docteur Loomis.

Et si c’était pour ça que ce film nous travaille, nous agace et nous perturbe autant ? Il y a quelque chose à creuser au delà du drame antique, un truc paranoïaque et pop d’une immortelle actualité, qui constitue le cœur du cinéma de Carpenter : l’humanité est grosse d’une anomalie monstrueuse tombée d’on ne sait où, qui la défigure, et qu’il nous faut un beau jour affronter parce qu’on ne veut pas que ce problème soit constitutif de nous-mêmes. Une affaire de contamination, pense-t-on. D’immaculée conception affreuse.

b312401a98c69eb98958537ecfb1fcca

Carpenter est, quand on y pense, un putain d’humaniste magnifique.

Allez, 8.99/10.

 

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s